Le Gouvernement doit cesser d’opposer les réfugiés politiques aux migrants économiques

Le Gouvernement doit cesser d’opposer les réfugiés politiques aux migrants économiques

Le Gouvernement doit cesser d’opposer les réfugiés politiques aux migrants économiques

Dimanche 11 février, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a estimé qu’il était « obligé de faire » un tri entre les réfugiés politiques et les réfugiés économiques, comme si nous devions faire un choix entre ceux qui fuient la guerre, le terrorisme et ceux qui fuient la misère et la pauvreté. Je condamne cette approche, qui vise à opposer la misère à l’oppression. In fine ce sont tous des exilés.

Cette phrase, symptomatique de la politique menée par l’Exécutif depuis la prise de pouvoir d’Emmanuel Macron, est à contrecourant de ce qu’est l’Histoire de France.

Il y a quelques jours déjà, Gérard Collomb avait affirmé qu’il n’y avait pas de mineurs étrangers à la rue, démontrant une nouvelle fois la volonté du Gouvernement de minimiser ce constat d'urgence. Le cas des mineurs isolés, malgré ce qu’affirme le ministre, est plus que préoccupant : ils sont bien souvent livrés à eux-mêmes avant la prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Dans cette situation, leur seul refuge demeure la solidarité de certains citoyens.

S’est-il rendu au camp du métro Jaurès, où des réfugiés Afghans dorment dans la rue sous -8 degrés ? S’est-il rendu à Porte de la Chapelle, où des centaines de personnes vivent dans des conditions sanitaires et humaines insupportables ?

Je réfute l’utilisation de la notion de « tri », car elle est profondément déshumanisante. Car nous ne devons jamais l’oublier : nous parlons de femmes, d’hommes et d’enfants qui fuient la misère, la pauvreté, le terrorisme et qui traversent des continents, souvent au péril de leur vie, en pensant trouver refuge en Europe.

Aujourd’hui nous ne pouvons plus continuer à avoir une approche comptable de l’accueil et du droit d’asile. Nous devons avoir, au niveau européen, une législation commune. Je rappelle, à titre d’exemple, que l’Afghanistan est considéré par la France comme un pays à risque. Ainsi, 85% des réfugiés afghans accèdent à leur requête contre 2% aux Pays-Bas, qui ne considère pas l’Afghanistan comme un pays à risque.

Inversement, le Soudan, considéré comme pays à risque par les Pays-Bas, ne l’est pas pour la France.

En conséquence de quoi, nous faisons face à des flux de populations qui traversent l’Europe en pensant trouver l’accueil, et qui sont contraints de vagabonder d’un pays à l’autre de par l’absence de législation commune. Nous devons donc tendre vers une harmonisation au niveau de l’Union européenne, en concertation avec nos partenaires. C’est une condition indispensable pour trouver une issue à la crise migratoire.

Le 21 février prochain, Gérard Collomb présentera son projet de loi « Asile et immigration » en Conseil des ministres dont les grandes lignes ont fuité dans la presse, alarmant ainsi les associations humanitaires. Il prévoirait en effet d’augmenter la durée maximale de la rétention administrative de 45 à 90 jours, avec prolongation possible de 15 jours. La durée de la retenue administrative (anciennement garde à vue) passerait de 16 à 24 heures.

Je me rendrai les 1er et 2 mars prochain à Grande-Synthe pour la Conférence Nationale sur l’accueil et les migrations en présence d’élus et d’associations pour faire l’état des lieux des dispositifs nationaux et locaux. Ce sera l'occasion de réfléchir et proposer une issue à la problématique des mineurs non accompagnés et des jeunes majeurs.

En tant que parlementaire, je me rendrai également dans plusieurs centres de rétention et centres d’accueil dans les jours et les semaines à venir. Je serai particulièrement attentif à l’évolution de la situation ainsi qu'aux discussions dans l’Hémicycle pour qu’une approche humaine – et non plus comptable – de notre système d’asile soit adoptée.

XAVIER IACOVELLI

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