"L'idéal de paix que nous portons est un combat de tous les instants" : retrouvez mon discours aux Nations-Unies

"L'idéal de paix que nous portons est un combat de tous les instants" : retrouvez mon discours aux Nations-Unies

« L’idéal de paix que nous portons est un combat de tous les instants » : retrouvez mon discours aux Nations-Unies

J'ai eu l'immense honneur d'être invité, le 5 septembre 2019, à New-York au siège des Nations-Unies aux côtés de parlementaires de plusieurs pays. Nous avons travaillé à une contribution sur la prévention de l'extrémisme par le développement et la promotion de la culture de la paix.

Retrouvez ci-dessous l'intégralité de mon discours prononcé à cette occasion :


"Merci, tout d’abord, de m’avoir invité pour parler de la culture de la paix, de son importance dans la prévention des conflits et du rôle du législateur en la matière. C’est un honneur pour moi d’être avec vous ici, à New-York, au siège des Nations-Unies.

La paix, le vivre-ensemble et la solidarité entre les peuples sont des enjeux cruciaux de notre temps, à l’heure où le repli sur soi et le populisme ont pris le pouvoir dans de nombreux pays du monde.

La culture de la paix c’est, comme l’avait défini l’UNESCO, l’ensemble des valeurs, des attitudes, des traditions, des comportements et des modes de vie fondés sur le respect de la vie, le rejet de la violence et la promotion et la pratique de la non-violence par l’éducation, le dialogue et la coopération.

Les valeurs que je viens d’énoncer doivent être celles qui nous rassembles et doivent être transmises aux nouvelles générations, dès le plus jeune âge. C’est le devoir de toutes les nations. Il revient donc aux chefs d’États et aux législateurs de promouvoir cette culture de l’éducation, guidé par un idéal d’égalité et d’émancipation.

Le « pacte républicain » comme nous l’appelons en France, c’est garantir une égalité des chances pour chacune et chacun, que l’on soit fils de cadre ou fils d’ouvrier. C’est cette devise qui nous est chère : liberté, égalité, fraternité.

Ces principes dépassent les frontières et les États. Ils sont un corollaire du vivre-ensemble et, par conséquent, de notre idéal de paix.

Je ne suis pas de ceux qui pensent « qu’expliquer la radicalisation, c’est déjà vouloir un peu excuser », pour reprendre les mots d’un ancien Premier ministre français. Si tel était le cas, quel serait le rôle des sciences sociales ?

Au contraire, je pense qu’il y a derrière chaque événement, aussi violent et inhumain soit-il, des causes qui peuvent être une partie de la solution.

Comment expliquer que des jeunes nés en France, en Allemagne, en Angleterre ou en Norvège partent combattre en Syrie ou commettent les pires barbaries dans leurs pays, tuant leurs propres compatriotes ?

Ils furent pourtant nos voisins, nos anciens camarades de classe, parfois nos collègues !

Ce que j’ai constaté lors de mes travaux sur la protection de l’enfance au Sénat, c’est notamment que la plupart des terroristes français avaient eu un parcours à l’Aide sociale à l’enfance. Des parcours chaotiques, sans perspective d’avenir qui entrainent bien souvent la disparition du sentiment d’appartenance à la Nation.

Peut-on accepter que 70% des jeunes pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance sortent sans diplôme ? Que 40% des personnes sans domicile fixe de moins de 25 ans sont passés par l’Aide sociale à l’enfance, avec toutes les conséquences que la rue entraîne – solitude, drogue, prostitution et les réseaux qui gravitent autour.

L’éducation, le partage du savoir, la solidarité et l’ouverture d’esprit sont des réponses que, collectivement, dans nos pays respectifs, nous devons porter et promouvoir davantage.

La solidarité, c’est également accueillir. Accueillir celles et ceux qui fuient la guerre, le terrorisme, la famine.

C’est pourquoi face aux populismes et aux extrémismes, je salue une nouvelle fois la responsabilité de Pedro Sanchez qui a accueilli le navire Aquarius et ses centaines de réfugiés, sans aucune hésitation.

Lors de sa première déclaration, l’UNESCO avait indiqué que la guerre se trouve d’abord dans l’esprit.

Aucun homme, aucune femme ne naît fanatique. C’est une construction, progressive, qui le conduit à s’enfermer dans un mode de pensée totalitaire.

C’est pourquoi, comme l’a dit Edgar Morin, sociologue français, nous devons énoncer, dénoncer et déraciner. Car, je le cite, « déraciner est préventif alors que déradicaliser vient trop tard, lorsque le fanatisme est consolidé ».

En tant que président du groupe d’amitié France-Mauritanie, j’ai eu l’honneur de m’y rendre et rencontrer bon nombre d’acteurs. La Mauritanie, avec une population particulièrement jeune et multiculturelle, est aujourd’hui dans une période de transformation majeure.

Durement frappée par les terroristes d’AQMI entre 2005 et 2011, le pays a mis en place des politiques de « déradicalisation » en associant les responsables religieux pour créer du dialogue et déconstruire méthodiquement l’argumentaire des djihadistes.

J’avais surtout pu constater le travail colossal des autorités mauritaniennes pour que les jeunes participent activement à la promotion de la culture civique, la citoyenneté et la lutte contre la radicalisation.

Il est vital d’intégrer dans notre enseignement dès le primaire et jusqu’à l’université ce que Edgar Morin appelle la « connaissance de la connaissance » pour mettre fin aux aveuglements qui conduisent à l’esprit de guerre et prévenir chez les adolescents les processus qui conduisent au fanatisme.

Le Forum mondial sur l’éducation, qui s’est tenu à Dakar en 2000, avait déjà assigné à la communauté internationale l’objectif de garantir à toute personne l’accès à une éducation de base, notamment pour les jeunes filles.

L’éducation a clairement été reconnue comme un droit fondamental de l’homme et la clé du développement et d’une paix durables entre et dans les pays.

Cela passe également par les groupes interparlementaires d’amitié. En France, ce sont 80 groupes qui lient le Sénat aux institutions politiques et parlementaires de 190 Etats.

Ces groupes sont des instruments privilégiés de la coopération entre les Parlements et sont devenus des acteurs de premier ordre de la diplomatie parlementaire.

Encore une fois, je tiens à vous remercier de votre invitation. C’est un honneur pour moi d’être ici, avec vous. L’idéal de paix que nous portons est un combat de tous les instants, et quoi de mieux pour la promouvoir que cette magnifique initiative à laquelle vous m’avez aujourd’hui convié."

XAVIER IACOVELLI

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